Richard Leydier raconte sa Dernière Vague
Publié vendredi 24 mai 2013

Vous êtes déjà plus de 20 000 à avoir visité l'exposition La Dernière Vague. Depuis le début de This is (not) music, nous courrons après le commissaire pour qu'il nous raconte La Dernière Vague telle qu'il la perçoit. Richard Leydier, journaliste et critique d'arts  a enfin trouvé le temps de répondre à nos questions. 

Pourquoi avoir intitulé l’exposition La Dernière Vague ?

Pour plein de raisons. Tout d’abord, parce qu’il y a une tonalité mélancolique dans beaucoup d’œuvres de l’exposition. Tout ce qui est à voir avec l’idée d’une jeunesse perdue qu’on retrouve dans les photos de Ryan McGinley ou d’Hubert Marot. C’était l’idée qu’il y a un éternel retour entre la houle d’une vague, ou le mouvement pendulaire d’une rampe de skate. Quand on fait du surf et qu’on est dans l’eau, on se trouve tellement bien, qu’on n’a pas envie de voir arriver cette dernière vague. Quand je faisais du surf, le prof nous criait du bord « dernière vague ! » pour qu’on revienne, parce que le cours était fini. Mais nous, on ne voulait pas sortir de l’eau. On était trop bien.

Pourtant les vagues ne s’arrêtent jamais. Comment vous ressentez ce principe ?

Plus prosaïquement, la dernière vague, c’est la vague de la mort. Après c’est une façon de regarder l’exposition. On peut aussi la voir sous l’angle des plaisirs vivifiants de la glisse. Au mieux, il faut la visiter deux fois, en la regardant sous ses deux angles. Il y a une autre ligne qui court dans cette exposition : les chaussures. Mais ça, vous viendrez voir ce que ça donne.

Le message concret de cette exposition?

Contrairement à tout ce que je viens de dire, c’est vraiment une exposition sur le plaisir. C’est ce qu’on appelle dans la tradition ancienne le Memento Mori ou le Carpe Diem. C’est-à-dire qu’on prend connaissance de sa mortalité et sa finitude. Et justement en prenant conscience que cette dernière vague va arriver et on profite du moment présent.  Et c’est ça qu’elle raconte. Ce plaisir à surfer, à skater, à faire de la moto…

Qu’est-ce qui vous attire dans cette culture de la glisse ?

Ce sentiment de liberté qu’on peut avoir. Ce que je connais le plus, c’est le surf. Donc c’est le sentiment de liberté qu’on peut avoir. Même quand je skate à mon petit niveau. 

Un retour à l’enfance peut-être ?

Oui. Ou plutôt un prolongement.

58 artistes sont exposés. Comment avez-vous choisi ?

Par concertation. Ça fait 15 ans que je travaille dans le milieu de l’art contemporain, donc je sais déjà qui fait quoi. Après on a des surprises. Avant de travailler sur ce sujet, je ne savais pas que Vito Acconci travaillait là-dessus. Un Américain qui était un artiste phare de la performance à la fin des années 60. Il est devenu architecte depuis. Je ne savais pas qu’Acconci avait imaginé trois skates-park qu’il n’a jamais réalisé. Donc, en travaillant sur un sujet, on tire des ficelles et on tombe sur des artistes. Et puis, il y en a un autre qui vient avec. Par exemple Tom Sachs, qui a réalisé les deux rampes de skate en bronze, nous a envoyés sur Pat Mc Carthy qui fait des  sandwiches grillés sur sa mobylette. Voilà, c’est comme ça qu’on fait des recherches.

D’accord. Mais pourquoi eux plutôt que d’autres ?

Ils sont skateurs, surfeurs ou bikers, ça fait partie de leur ADN depuis l’adolescence. Ça transparaît dans leurs œuvres. On en a quelques-uns qui ne sont pas forcément issus de ce monde mais qui pratique occasionnellement. Et ils ont produit des choses qui étaient tellement justes avec le sujet, que je me suis dit, il faut les inviter.

La pièce devant laquelle vous vous émerveillez encore en la voyant ?

C’est difficile de me demander ça. Il y en a plusieurs. Notamment celles qui ont été faites ici. On a vu leur gestation en direct. Le bateau de Jay Nelson, qui a été construit ici pendant trois semaines. C’est un artiste californien qui a construit une sorte de coque de bois. C’est en fait un véhicule qui sert à vivre le surf en autarcie. C’est fait pour les dessinateurs-surfeurs. On l’a vu naître ici, à la Friche. On l’a vu soulevé à 30 mètres par une grue pour la passe sur le toit. On a tous retenu notre souffle. Et voilà, quand je passe devant, ça me fait quelque chose.

E .P.




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